23 janvier 2012

De l'hostilité universitaire

 

Vous aussi, vous trouvez que ça fait très branlette, comme titre ? Alors je le laisse.

 

Un titre bien grandiose pour un sujet et un article qui ne le seront pas forcément. Ce sera d'ailleurs un témoignage, et non pas une interview ou autre enquête en immersion. Et pas n'importe lequel puisque ce sera le mien. Et que par conséquent vous aurez mon point de vue (le meilleur, comme d'habitude) et aucun autre, vous n'aurez aucune possibilité de prendre du recul, vous n'aurez pas d'approfondissements. Que dalle. Ça va me permettre de jouer à mon jeu préféré : donner mon avis, en toute mauvaise foi.

 

Essayons toutefois de ne pas trop pécher sur ce versant, l'article se veut constructif. Mais puisqu'il s'agit de bien faire les choses, je vais être forcé, pour vous parler de mon expérience à l'université, de vous parler un peu de moi, veinards que vous êtes. Cette année, j'ai échoué dans cet immense club échangiste, cette réunion géante des alcooliques non-anonymes, cette antre de la débauche et de la marijuana que l'on nomme Université (de Bourgogne, on peut pas être parfait). Ce n'était pas le cas l'année dernière.

 

J'ai fort heureusement eu la chance (c'est discutable, mais c'est pour introduire un effet de contraste avec la suite de l'article, si si, vous verrez c’est super bien fait) d'intégrer, à la suite d'une année de Terminale durant laquelle je n'ai rien branlé sauf les 15 derniers jours, une classe préparatoire Hypokhâgne filière B/L (prononcer « béhèle ») dans cette splendide ville au climat si clément (rendez-vous compte, il fait moche 270 jours par an, et il fait 50°C 60 jours par an, ce qui nous laisse à peu près 35 jours de températures humainement supportables à l'année. Des stats à la Brestoise) qu'est Dijon.

 

Fasciné aussi bien par la qualité du mobilier du Lycée Carnot que par l'agréable singularité des personnes qu'on y trouve, j'ai passé une année semi-sabbatique puisque c'est paradoxalement l'année durant laquelle j'aurais le plus trimé de mon existence, et aussi celle où je me serais le plus foiré. Remercié à cause de mon désintérêt évident pour certaines matières (oui, il y a des maths en Hypokhâgne béhèle), ma non-motivation à passer les concours de l'ENS à la fin d'une éventuelle deuxième année et le fait que je passais certaines de mes heures de cours, jugées unanimement inintéressantes par l'ensemble de la classe, à faire autre chose, j'ai par la suite quitté ce monde merveilleux pour partir en fac. Je ne blâme d'ailleurs aucunement le staff pédagogique du Lycée qui a fait un choix totalement justifiable, et justifié d'ailleurs.

 

Bref, je m'écrase comme une merde à la fac de Dijon. Ayant eu l'intelligence de choisir les Sciences Humaines plutôt qu'une totalement inutile filière littéraire ou linguistique, j'atterris en deuxième année de licence d'Histoire (merci au système d'équivalence, car oui, j'ai tout de même « brillamment » obtenu mes équivalences). Et c'est là que commence la « mission » survie.

 

Accepté plus ou moins par courrier, plus ou moins par téléphone, j'ai d'ailleurs trouvé la voix de la bonne femme secrétaire de mon département particulièrement chaleureuse et concernée. Embarqué dans tout un processus d'inscription aussi chiant que long (parce que oui, faut pas seulement être accepté, faut s'inscrire) je commence enfin l'année le 12 septembre. Soit à peine une semaine après la date de0 rentrée scolaire « classique », ce qui au passage fera fermer leur gueule à ceux qui prétendant qu'on commence la fac en novembre pour finir en avril. Dès la rentrée, je sens que ça va pas être super pratique pour se faire des potes. Ce qui n'est d'ailleurs que d'une utilité secondaire pour les études, mais bon, sauf si on paye, rencontrer des gens est le seul moyen possible de trouver à baiser (ce qui constitue l'objectif ultime de tout étudiant, quelle que soit la filière). En effet, le désavantage quant tu arrives en deuxième année, c'est que les « groupes » de proches, de potes, sont déjà constitués pour la plupart. La mission survie se transforme donc en mission infiltration, puisqu'il s'agit d'intégrer un groupe plus ou moins cool, pour pouvoir parler à des gens, faire des soirées, tisser des liens, et surtout récupérer des cours. J'ai d'abord choisi une voix parallèle, qui suit la précédente sans jamais la perdre, mais sans s'en rapprocher. J'ai eu la chance de tomber sur LA personne qui avait eu le même destin que moi (sauf que lui était en Hypokhâgne A/L, prononcer ahèle), et même si je ne lui avais jamais adressé la parole auparavant, entre singes du même zoo, on se reconnaît (c'est une expression traditionnelle du centre du Morvan, où ils s'y connaissent en zoo). C'était donc mon premier ami. Par chance il est pas trop chiant, et même plutôt sympathique. Mais c’est ici qu'interviennent le choix des mineures, les groupes de TD et de langues vivantes, et la répartition des exposés, qui va avec. Comme ce dernier avait choisi la mineure Théâtre, et que celle-ci se situait systématiquement sur les heures de cours que l'on avait ensemble, je le voyais pas beaucoup. Et puis comme du coup il n'était pas en cours, c'est pas pratique si on veut récupérer les-dits cours.

 

Vient alors le deuxième ami. Lui, c'est le choix du sang, puisqu'il est Corse, comme moi (et donc on a forcément du sang en commun, vous savez comment ça se passe dans les petites régions insulaires). Par chance, en plus d'être Corse, il était sympathique (et assidu), ce qui n'est pas forcément le cas de tous (je vous laisse deviner que sont les « tous »). Deux amis en deux semaines. C'est là que la comparaison avec la prépa s'impose, puisqu'en deux semaines j'avais là-bas déjà presque assemblé les différentes parties du noyau dur de mes relations amicales (et n'oublions pas que les partis se tiennent par leur noyau dur, ce qui n'a aucun intérêt sauf celui de se moquer de François Bayrou, et c'est déjà ça). D'un milieu où nous étions toujours rassemblés pour le sport, le manger, le travail (de temps en temps), et surtout les sorties, je passe, seul, à un milieu où les gens se connaissent entre eux, où chacun travaille par petit groupe ou chez soi, où personne ne parle à personne avant d'entrer / après être sorti d'un cours. Eh ben je peux vous dire qu'on se fait rapidement chier. Je prends donc le taureau par les cornes, et décidé plus ou moins de tenter l'incruste forcée, procédé qui a d'ailleurs fait ses preuves au parti socialiste où n'importe quel arriviste peut ramener son grain de sel sur un débat duquel il était totalement absent jusque là, pendant les primaires. Et ça a marché, une fois de plus. On rencontre alors des gens sympathiques, souriants, ouverts. Mais très indépendants.

 

Là réside la différence fondamentale entre la promo de fac et la classe de prépa. L’ambiance, la pression continue, le fait de se retrouver à 40 enfermés dans une salle qui pue la sueur et les pieds (les concernés se reconnaîtront) pendant 36 heures par semaine, à manger matin, midi et soir avec les mêmes personnes, a contribué à forger une véritable « classe » solidaire, compacte et soudée (quelques marginaux incurables mis à part bien sûr), qui s'oppose à l'individualisme récurrent dans les promos de fac.

 

Et ce d'autant plus quand on est dans une filière déshéritée comme celle d'Histoire à Dijon. Si la filière est noble, il n'en demeure pas moins que nous ne possédons à ce jour aucune « Asso », association étudiante qui se charge de l'animation de la filière, et qui en fédère un peu les étudiants, ce qui a pour conséquences, entre autres, de ne pas avoir eu de soirées d'intégration Histoire, ou de soirée Histoire tout court, ces soirées qui, dans notre monde de jeunesse alcoolisée, sont un des meilleurs moyens de faire des rencontres. Pas de groupe uniforme, donc, mais des petits groupes qui gravitent autour des études, sans jamais se toucher, s'effleurant parfois le temps d'un exposé, puis s'oubliant. Dieu que c'est morne.

 

Voilà pourquoi l'université est un milieu hostile. Parce que le cliché américain des raves parties sur le campus ne possède qu'une très petite part de vérité. Par que personne ne se connaît, donc personne ne se parle (et donc on ne connaît pas plus de monde => cercle vicelard). Parce que les profs ne s'occupent pas, ou très peu de vous (il suffit d'en croiser un dans un couloir et de lui dire bonjour, sans réponse alors que ça fait trois mois que tu assistes à son cours, pour le comprendre), que les profs cool et prophétiques, physionomistes et compétents, c'est une espèce qui n'a jamais compté beaucoup d'éléments.

 

Si on rajoute à ça le fait qu'après avoir enduré l'indifférence générale de l'ensemble des êtres qui peuplent ces campus de merde, on a une bonne chance de finir au chômage (mais en possession de son Master) à la fin d'un cursus universitaire en sciences humaines, alors qu'une réussite brillante en prépa vous promet un avenir radieux au sein des plus grandes écoles du pays, on se dit qu'on a vraiment enduré tout ça pour pas grand chose.

 

Donc si vous avez la chance de rentrer dans ces clubs ultra-élitistes, ces usines à parfaits, ces institutions qui reflètent à elles seules toute l'injustice du système scolaire français, n'hésitez pas. C'est bien plus sympa que la fac.

Posté par Remi N à 09:52 - Commentaires [5] - Permalien [#]


Commentaires sur De l'hostilité universitaire

    La presse féminine du Net t'a devancé de trois jours : http://www.madmoizelle.com/sociabilite-en-amphi-82964

    (mais parler de Dijon, c'est un bonus, ça donne un côté pittoresque)

    Posté par Valentine, 23 janvier 2012 à 21:09 | | Répondre
  • T'as pas le droit de comparer cette merde à mon article ("Si tu te demandes encore ce qui t’as fait t’asseoir à côté de Marco au premier semestre"... Nan mais sérieusement, est-ce que j'ai une gueule à écrire ce genre de textes pour jeunes fille sen manque de secousses?).

    Après on pourrait prendre sa pour du second degré... Mais quand je regarde l'organisation du site et de l'article, j'en doute...

    Et d'ailleurs, qu'est-ce que tu fous sur ce genre de sites?

    Posté par L'auteur, 25 janvier 2012 à 12:32 | | Répondre
  • J'ai pas dit que c'était de la presse de qualité. On vit dans un monde médiatique où Rue89 et Twitter sont des références incontournables, ça me donne juste envie de lire des trucs sur la couleur tendance du printemps prochain (le pastel si tu veux savoir, gerbant) et les prestations en direct décevantes de Lana del Rey.

    \o/ il fait au moins du +8000 degrés

    Posté par Valentine, 25 janvier 2012 à 21:22 | | Répondre
  • D'une réponse avisée (ou non)

    Salut à toi, camarade !

    Pour ce qui est de la température, des gens de l'administration, et des autres détails géographiques, je te laisse à tes considérations. Tu fais tes études dans un pays froid, alors que tu viens du sud, mais quelle idée

    Bref.

    Pour ce qui est du reste ... Je viens opposer mon ressenti au tien. Puisqu'il est, tu t'en doutes, radicalement différent.

    Le seul point sur lequel je suis en accord, c'est sur ce côté individualiste de la fac (mais au final, dans ton lycée, au sein de ta prépa, ne se crée-t-il pas un groupe restreint refermé sur lui-même ?).
    La fac, c'est autre chose que la prépa. En fac, personne n'est là pour te prendre la main, pour te pousser au cul, si tu me permets l'expression. En fac, tu te prends en main, tu te débrouilles, et tu essaies de t'en sortir.

    Pourquoi ?

    Déjà, parce que c'est une forme d'études qui veut cela. C'est comme tous ces gens qui se plaignent que la fac n'est pas professionnalisante, qu'il faudrait des licences professionnalisantes. A ces gens, je dis désolé : la fac N'EST PAS un lieu d'études professionnalisant à court terme.

    Mais aussi car dans le contexte actuel, la fac est constamment dénigrée, rabaissée, et mal dotée. Répète à quelqu'un pendant des années qu'il est gros, stupide, ou moche. Il finira par y croire.

    Bref.

    Passons aux relations.

    Certes, il existe des sortes de "groupes", bien que le nom soit dénué, à mon avis, de tout sens cohérent. Mais c'est inhérent à la forme des études.

    En première année, en amphithéâtre, quand tu es seul au milieu de cent cinquante personnes, tu ne vas sûrement pas parler à tout le monde. Viennent les partiels, les départs. Et voilà la formation de ce que tu définis comme des petits groupes.

    Une fois de plus, ce système est inhérent au lieu d'études que tu fréquentes. Tu plains son côté morne. Moi, je ne le perçois qu'en marge. Si je le souhaite, je peux organiser des trucs, avec des gens de mon "groupe". Je peux sortir, je peux parler à tout le monde ou presque, car je connais tout le monde ou presque. Même si je ne le fréquente pas.

    Enfin, cette question de l'Asso histoire. Il en existe une, mais personne ne la fait tourner. Il suffirait de quelques motivés qui plaignent l'ambiance "morne" de la "promo" (oulah, que j'ai horreur de ce mot ...). Pour ma part, je trouve les soirées étudiantes avilissantes, sans intérêt. Et je pense que plusieurs d'entre nous pensent ça.

    Le problème que tu rencontres, c'est que tu as mis les pieds dans un train qui roulait déjà, si tu me permets une métaphore aussi simpliste et ridicule. Pense à tes camarades de prépa qui atterriront l'an prochain.

    Ils auront fort à faire, eux aussi. Mais c'est comme ça, malheureusement. Chacun arrive avec ses préjugés, qu'il soit prépa ou ancien L1-L2. Et c'est le choc !

    En espérant avoir pu éclaircir ta lanterne sur l'hostilité du milieu universitaire qui, soi dit en passant, devient de plus en plus la représentation de la Vraie Vie : un combat permanent pour avoir un budget, pour faire des activités. Pour se sortir de l'embarras dans lequel les politiques éducatives actuelles nous plongent tous.

    Posté par Martin, 03 février 2012 à 12:50 | | Répondre
  • Réponse au camarade

    Tout d'abord merci pour ton comm'.

    Je tenais ensuite à exprimer que j'étais bien conscient des difficultés (financières, politiques, etc...) et moqueries auxquelles est confrontée l'université en France. Et même si on pouvait le percevoir ainsi, il ne faut voir aucun caractère dévalorisant dans mes propos, la faculté étant à mon sens un instrument éducatif indispensable.

    Ensuite, oui, il est vrai que la majorité de mes constats sont entraînés par le fait que j'ai pris le train en marche, et ça fait de mon cas quelque chose de très spécifique, ce qui n’empêche que je ne suis pas le seul à sentir la chose comme ça.

    Enfin, au sujet de l'asso, merci de renseignement, j'ignorais totalement qu'elle existait. Pour ce qui est des soirées étudiantes, elles ne font pas toutes dans le cliché de la débauche sur fond de boite de nuit et de musique electro, ou glauques dans un appart. J'ai passé de très bonne soirées étudiantes organisées par le Bural de Carnot (l'asso des littéraires), durant lesquelles personne n'a vomi, ne s'est bourré la gueule. Même si je suis d'accord qu'il faut de l'organisation et beaucoup d'idées pour éviter de tomber dans la simplicité du classique "Pré-soirée au Byron, soirée au Hit Club" qui nous est servi habituellement.

    Enfin, tu t'es bien entendu aperçu du caractère totalement subjectif et caricatural de l'article, où beaucoup de choses sont exagérées, et que j'ai tout interprété à travers ma vision personnelle. Aucun travail de recul, donc. Il n'est donc pas étonnant que mon article ne reflète qu'une vision partielle et partiale (comme dirait Christian Stein) de la réalité de l'Université.

    En tout cas merci de ton attention.

    Posté par L'auteur, 08 février 2012 à 22:20 | | Répondre
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